VEILLE

(2016)

Exposition personnelle réalisée suite à la résidence de créatio Valimage, à Beaugency (Loiret).
(du 23 avril au 5 juin 2016, Église Saint-Étienne , Place du Martroi, 45190 Beaugency)


- 4 videoprojections in situ : Veille_ Thermique (5 min. en boucle, dans le choeur de l'église) ; Veille_Couchant (42 min. en boucle, latérale, transept droit) ; Veille_Extinction (20 min. en boucle, latérale, transept gauche) ; Veille_Flot (7 min. en boucle, zénithale, nef)
- Installation au sol vidéo et photos : Veille_Géo-métries - vidéo sur écran plat (10 min. en boucle) + édition de 20 cartes postales (300 exemplaires chacune)
- Installation sonore : Veille (20 min. en boucle, stéréo spatialisé, transept gauche et droit)

echappees

 

Mathilde Roman, critique d'art
Voir en deçà.


Inviter un artiste à porter un regard sur Beaugency : le cadre très ouvert de la résidence s'inscrit dans une
approche contextuelle de l'art, où l'oeuvre est liée à une rencontre avec un lieu, un moment, une population.
Le processus créatif se produit à partir des réalités découvertes in situ, des objets et des images dont le
potentiel poétique est souvent aussi traversé de questions sociales et politiques. C'est de cette manière dont
travaille Catherine Radosa, inscrivant son oeuvre dans l'espace public en tant que possible espace du commun.
C'est là qu'elle réalise des actions performatives, projette des images à même l'architecture, propose des
situations participatives. Avec retenue, elle insère l'intime dans le collectif, entrouvre les mémoires et
recherche les aspérités enfouies sous une urbanité lissée.
Dans son désir de rencontrer des territoires, des histoires collectives et individuelles, elle a vite été marquée à
Beaugency par le peu d'activité visible de l'espace public. La tranquillité des lieux l'a pourtant encouragée à ne
pas interrompre le rythme d'un fonctionnement urbain très emblématique d'une époque. Puisque le hasard des
dérives ne l'a pas amenée vers la rencontre avec les habitants, Catherine Radosa a imaginé d'autres stratégies
de la vision pour voir en deçà. Pourtant il s'agit moins de chercher à révéler le sens caché d'une ville que
d'offrir des expériences autoréflexives du regard. Qu'est-ce qui nous est donné à voir d'un environnement ?
Comment le banal des vies quotidiennes est-il construit par des rythmes et des parti-pris collectifs ? La
subjectivité du regard est sans cesse interrogée par ce qui la prédéfinit.
Lorsque le spectateur se penche pour voir les projections sur le plafond de la nef, il découvre des images
filmées depuis un avion, substituant au mouvement ascendant des représentations religieuses un regard
plongeant. Les vidéos de la Loire sont surexposées, troublant les repères visuels. L'abstraction efface l'unité du
paysage, transforme l'écoulement de l'eau en matière picturale d'où surgissent par moments les formes
identifiables des arbres. Dans une posture inconfortable, le visiteur voit sa relation au monde mise en abîme,
pris dans un mouvement assez hypnotique qui lui donne à voir son propre état flottant pris dans ses
déplacements incessants. L'inversion des perspectives se retrouve dans la projection au sol, où la tour César
cadre un morceau du ciel qui devient là encore un puit sans fond piégeant aisément le regard par l'attrait de sa
composition géométrique où des vols d'oiseaux tracent des dessins éphémères. Très contemplatives et
introspectives, les vidéos se saisissent du réel pour en explorer les potentialités méditatives, lâchant prise pour
une fois avec les questionnements socio-politiques. Les seuls corps inscrits dans les images l'ont été à travers
la chaleur qu'ils ont produit. Catherine Radosa a filmé avec des caméras thermiques lors d'un marathon dans
Beaugency, produisant des formes incandescentes insaisissables, non maîtrisées, mémoire abstraite de la
présence humaine qui partout ailleurs est maintenue hors champ.
Plus loin des vues urbaines à la nuit tombée, en plan fixe, laissent au regard le temps de lire les indices qui les
parsèment. Certains sont discrets, comme les signalétiques, tandis que d'autres sont au contraire très chargés,
comme les tours de refroidissement de la centrale nucléaire qui s'imposent dans toute leur force esthétique et
symbolique. Le charme nocturne de ces paysages bascule abruptement à minuit, lorsque l'éclairage public
s'éteint. L'écran noir ne l'est pourtant pas totalement, se peuplant de formes et de traces de vie une fois l'effet
de rupture dépassé. Le montage associant quatre projections permet de regarder ensemble plusieurs paysages
filmés selon le même protocole, offrant l'expérience étrange d'un effacement des repères du visible. Dans
l'obscurité seulement traversée par quelques rares phares de voiture, le vent et le souffle de l'artiste occupent
à eux seuls l'image, chargée de présence sans qu'une technicité particulière ne soit nécessaire pour la révéler.
Les traînées thermiques des corps ouvraient le régime du dissemblable, effaçant les identités, offrant d'autres
empreintes du vivant. De même, la récente décision politique d'éteindre l'éclairage public rend possible un tout
autre rapport à un espace urbain conçu pour être traversé, surveillé, maîtrisé, et qui devient bien souvent
impossible à habiter. Dans Veille, le spectateur n'est pas invité à reconnaître ses lieux habituels mais à dériver
dans des images le projetant dans l'imaginaire d'un corps sentant. Depuis cet état d'éveil des sens, de
renversement de la vision et d'éclatement des perspectives, le territoire représenté n'est plus celui d'une ville
en particulier, ouvrant sur une expérience poétique de l'urbanité.

 

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Veille_Géo-métries - vidéo sur écran plat (10 min. en boucle) + édition de 20 cartes postales (300 exemplaires chacune)

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Veille_Extinction (vidéo HD, 20 min. en boucle)

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Veille_Couchant (vidéo HD, 42 min. en boucle)

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Veille_ Thermique (vidéo, 5 min. en boucle)

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Veille_Flot (vidéo, 7 min. en boucle)

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